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Vous accompagner ou vous guider ! Choisissez
Dialogue avec Fabrice Prévost

Comme nous l’exprimons, la démarche de l’Éducation Thérapeutique du Patient (ETP) est avant tout un processus d’accompagnement du patient devenant acteur. Ce processus impose une relation d’éducation qui n’est pas une unique procédure de guidage ou de pilotage dans une relation d’instruction ou d’élévation de l’autre. Tout comme avec nos enfants, nous ne les élevons pas mais nous les éduquons et par ce fait, ils s’élèvent d’eux-mêmes comme sujet. Ainsi dans cette démarche éducative et thérapeutique de l’autre, la trilogie causale du soin physiologique - symptôme, diagnostic, prescription - se complète de la trilogie du sens du soin psychanalytique - problématique, dialectique, interprétation - permettant au consulté, patient ou client de devenir l’acteur de ses soins et de son projet de vie. Freud exprimait déjà cette idée de changement de paradigme entre logique de guidage et logique d’accompagnement en 1905 dans les cinq psychanalyses.

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En 1 phrase ou quelques mots

  • L’accompagnement à son contraire, le guidage ou pilotage du contrôle.

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En 2 phrases ou plus de 20 mots

  • La logique d’accompagnement vous fait travailler votre capacité à savoir et vos valeurs dans une relation éducative. La trilogie du sens est à travailler par le consulté : Problématique - Questionnement dialectique - Interprétation ou Herméneutique.
  
  • La logique de guidage est représentatif du savoir, des références à répéter dans un rapport à l’instruction. La trilogie causale de l'expert qui sait mieux que vous est prioritaire : Problème ou Symptôme - Diagnostic - Prescription ou solution.

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En plusieurs phrases ou plus de 150 mots
La logique d’accompagnement est une relation éducative qui vise :

  • Votre autonomie
  • Votre émancipation
  • Vos capacités d’actions
L’accompagnement est un espace de mise en travail de vos questionnements et problèmes pour que vous puissiez construire vos réponses et agir par vous- même. L’accompagnement ne détient aucune Vérité, il chemine à vos côtés. L‘accompagnateur est un spécialiste des dynamiques collectives et individuelles d’apprentissage, de changement, d’évaluation et des conflits. Son avatar, la boussole qui vous indique pour vous orientez et cheminez.

La logique de guidage du contrôle est un rapport d’instruction qui valorise :
  • L’action efficace à court-moyen terme
  • Les procédures et les résultats fabriqués
  • La qualité normée à un idéal
Le guidage analyse et programme vos actions dans un modèle idéalisé. Vos problèmes trouvent leurs solutions par l’usage des postulats du moment. Le guide est un expert des procédures et du contrôle. Son avatar, le GPS qui vous dit ce qu’il faut faire et comment le faire, c’est du guidage par pilotage de vos actions.


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En développé ou 2000 mots : interview

Qu’est qui différencie l’intervention d’accompagnement, dans l’éducation thérapeutique des autres formes d’interventions d’expert ?

  • L’accompagnement se dissocie des autres pratiques par le fait qu’il n’y a pas d’objectif ou quête d’un idéal fonctionnel, modélisé par des experts ou par le “mieux-être” du soin. L’accompagnement travaille sur la capacité des personnes à habiter leur propre existence dans un seul but : “bien-être… ensemble”.

Développer ce mieux-être et bien-être

  • Le mieux-être recherché par d’autres pratiques présuppose la notion d’harmonie, de régler ce qui fait problème, de retour à un présupposé de la normalité. Où est cette référence, qui fait force de vérité de ces "marchands de bonheur" ? Le bien-être de l’accompagnement est un pari sur la capacité des personnes à vivre leurs problèmes, interrogations et questionnements. Cela ne va pas de soi puisque qu’ils s’expriment par des contradictions et conflits moteurs et constructeurs d’eux-mêmes.

Vous parlez de contradictions et de conflits, n’est-ce pas ce qui dérange justement et qui pose problème ?

  • Justement c’est là que l’écart se creuse encore plus entre les pratiques d’accompagnement et d’expert. L’accompagnement travaille avec chacun tel qu’il est dans son histoire. L’accompagnement ne promet ni l’harmonie, ni un idéal d’être, ni l’abolition des conflits inhérents à l’existence, il les met en travail. Une des fonctions de l’accompagnateur est de faire médiation dans cet espace de réflexion où se construit le sens grâce et par le conflit.

Si je vous suis, les conflits sont une occasion d’évoluer et si je ne veux pas évoluer mais le résoudre ?

  • Si le conflit n’est pas accompagné, il évolue vers une situation de crise, la personne se referme sur elle-même (stratégie de défense) ou attaque les autres pour les éliminer (agressivité de la pulsion de mort). C’est un rapport de type gagnant/perdant qui bloque toute forme de mouvement. C’est mortifère.

  • Si les conflits sont accompagnés, c’est une dynamique qui se met en place. Celle-ci évite le repli ou l’agressivité. Cette dynamique travaille les carences du sens, elle va permettre d’explorer de nouvelles pistes et d’être innovant par le dialogue. Elle permet de s’ouvrir aux autres, à ce qui est différent et ainsi d’enrichir une autre façon de voir et de rendre habitable ses conflits. Ils deviennent une source de nouveau ou une re-source de re-nouveau. Cette forme de dialogue et d’échange des divergences qui n’impose ni certitudes, ni jugements de valeur, est la clé de voûte de toute dynamique organisationnelle et individuelle tant attendue et souhaité. Mettons là en place. En accompagnement, le conflit devient une opportunité de création et non un problème à aplanir, à résoudre.

Vous préconisez une forme de gestion des conflits ?

  • Non pas de gestion des conflits, mais d’accompagnement des conflits par une recherche de sens et d’autonomie, ce qui permet d’éviter le stade de la crise. La gestion des conflits, tel qu’elle est connue, est un compromis des satisfactions individuelles. C’est plus une approche comptable ou de la négociation marchande. Tout le monde doit y trouver son compte. C’est de la pure négociation. L’accompagnement des conflits permet une mise en travail pour ouvrir d’autres espaces de partage et d’enrichissements mutuels. Cette mise en travail des conflits permet d’apprendre, de voir autrement, de créer autre chose… par la communication, le dialogue, la rencontre et l’écoute de ce qui est différent de soi.

L’accompagnement que vous proposez va s’axer sur la communication, le dialogue et la rencontre ?

  • La communication est ici le vecteur. Vecteur d’échange, vecteur de conflit, vecteur de tension et ainsi vecteur d’enrichissement mutuel. La communication est fondamentalement conflictuelle : “Pensez-vous tous pareils, avez-vous les mêmes opinions ? Etc.” Nous sommes bien loin des notions de quête d’un “mieux-être” ou d’harmonie du début de notre conversation. Seul, le “bien-être ensemble” est travaillé en accompagnement. La parole et le sens en sont les vecteurs privilégiés. En accompagnement, il n’y a pas de modèles parfaits ou de systèmes idéalisés dans des grilles immuables et vraies. C’est habité ses doutes, ses errances, ses erreurs, ses conflits par le dialogue avec ce qui est autre que soi et non les lissés ou les supprimer au nom d’un modèle sans faute.

  • Il n'y a aucunes certitudes dans la démarche d’accompagnement contrairement aux autres plus méthodologiques ou psychologiques. La seule certitude dans le monde des relations humaines, c’est que rien ne peut être reproduit d’après des modèles idéalisés. “Faites-vous comme vos parents ? Vos enfants, feront-ils comme vous ? Etc.” L’accompagnement est un pari. Pari sur la capacité de chacun à construire du sens, son sens en relation aux autres (valeurs & apprentissage), à se construire vers un “bien-être ensemble”. Cela ne peut se faire seul, sans accompagnateur. D’où les notions de communication, de dialogue, d’échange, de rencontre, d’écoute dans un espace d’accompagnement et de médiation qui le permet, l’autorisent.

Vous parlez d’autorisation ?

  • Oui, autorisé d’habiter ses doutes, ses contradictions, ses questionnements, ses conflits et ses tensions inhérents à l’existence, pour faire au plus juste, au mieux… et non culpabiliser parce que nous ne sommes pas parfaits d’après un modèle prescrit par je-ne-sais-quoi ou qui… les médias, l’institution, une idéologie, une entité charismatique, un dieu ou voir même la pression de nos proches.

Effectivement, il y a une différence, pouvez-vous la formuler autrement ?

  • L’accompagnement se différencie dans un écart aux autres propositions des experts et des guides. Cet écart est un très grand écart, celle d’accompagner les conflits inévitables, nécessaires et essentiels entre deux pôles contraires [ Singularité / Conformité ]. Entre d’un côté le pôle de s’assumer, de faire avec tout ce qui est là, de se relier à ce qui est autre pour enrichir et construire ses propres actions et de l’autre côté le pôle de la conformité et adhésion aux modèles, normes qui prescrivent un idéal d’action : “Dans votre métier, votre vie, faites-vous tout ce qui est prescrit, suivez- vous la recette ou l’adapté vous aux situations vécues ?”

  • L’accompagnement ne rejette pas le prescrit, bien au contraire, il lui offre sa légitimité et ainsi son autorité. L’accompagnement autorise et permet leurs interprétations, leurs adaptations par chacun, dans sa singularité, c’est la réécriture de ce qui est essentiel pour soi en relation à l’autre. C’est le conflit récurrent et constructeur des contraires de la dyade [ Contraintes / Libre vouloir ] rendu possible par la présence d’un tiers- régulateur. En accompagnement, nous changeons l’éclairage. Nous passons du rapport de culpabilité à une relation de responsabilité des personnes.

Développez votre idée de culpabilité et responsabilité

  • Le rapport de culpabilité émerge lorsque la représentation véhiculée par le bon personnage idéalisé et universel n’est pas au rendez-vous. Cette culpabilité est impulsée par un besoin d’homogénéisation rassurante, d’harmonisation, de certitudes, d’être comme le référent, d’être reconnu… qui aplanissent ou provoquent le déni des conflits.

  • La relation de responsabilité se construit par des personnes engagées et singulières dans une réflexion et un environnement hétérogène mais enrichissant. Dans cette relation à l’hétérogène, l’inconnu, l’incertitude inquiète et génère des peurs. Ces peurs provoquent des conflits qui, s’il y a un accompagnement adéquat, deviennent moteurs de nouveau et d’innovation et non d’un imaginaire en crise de symbolique inaccessible.

  • Ici se joue l’écart entre d’une part la servitude volontaire par besoin de conformité et de reconnaissance, c’est le pâtir du : “Être la bonne petite fille…”. Et d’autre part, l’autonomie et l’émancipation par désir de se créer de se connaître, c’est l’agir : “La petite fille qui est…”.


Vous proposez de passer d’une situation de soumission et celle de création ?

  • Oui, pour cela il est inévitable de travailler sur nos choix, ce qui fait valeur et donc s’évaluer entre aplanir les conflits ou les mettre en travail, entre pensée unique et pensées plurielles, entre rapport à la norme et relation au libre vouloir. En fonction de cette évaluation, les actions prendront deux directions. Soit celle d’une orientation de répétition d’un idéal conforme. Soit la direction d’une orientation du mariage des différences et ainsi cultiver les dynamiques d’innovation et de création. Reproduire ou produire sont les deux maîtres mots qui expriment cette idée.

Vous parlez d’évaluation, mais l’évaluation c’est ce qui stigmatise ?

  • Pour sortir de cette stigmatisation, il nous faut comprendre que l’évaluation, donc ce qui fait valeur, n’est pas du contrôle, ce qui fait référence. Quand le contrôle permet la stabilisation et la maîtrise, l’évaluation permet la dynamique, le mouvement. Et comme l’évaluation est soit souvent confondu avec le contrôle ou soit utilisé à sa place sous son non, la confusion est fortes. Lorsque je double une voiture, j’évalue si cela est possible et ensuite je contrôle l’action. Quand vous roulez trop vite, vous évaluez les risques de vous faire contrôler. Quand vous m’écoutez, vous évaluez le dialogue et son contenu pour contrôler votre pensée et construire votre prochaine question. L’évaluation est ce qui nous permet d’être dans une relation, alors que le contrôle est ce qui nous permet de contenir une relation. Pour cela l’évaluation doit être régulée.

Où voyez-vous ce régulateur qui conditionne notre contrôle, c’est quoi ou qui ?

  • Le régulateur est le tiers entre l’évaluation et le contrôle. Ce tiers-régulateur est d’une part symbolique et d’autre par inclus ou pas. Dans la crise, il y a carence du symbolique soit par déni, soit par symbolisation faussée, soit par absence de sa présence. Le tiers-régulateur est symbolique sous forme de loi universelle, des valeurs d’une culture. Il peut être représenté par une présence, comme celle du gendarme, ou encore être des objets investis de cette fonction, se sont les doudous comme l’objet transitionnel de Winnicott ou l’objet de relation de Gimenez et en accompagnement, l’objet tiers médiateur. Le tiers-régulateur est inclus ou non-inclus par apprentissage et intériorisation psychique du tiers symbolique. Nous ne nous rappelons pas de celui-ci, mais notre culture nous l’a appris : “Maman est mon premier amour, mais ne sera pas à moi”. Ce sont les interdits, les inter-qui-disent, comme “la figure du Père et pairs” représentant du tiers-régulateur symbolique.

  • En accompagnement, notre fonction est de permettre aux conflits inhérents à toutes existences et consciences d’investir un tiers-régulateur qui évite la crise sous forme de repli sur soi (inhibitions & autisme) ou de passage à l’acte par la violence. Notre rôle est de faire médiation pour éviter ses extrêmes destructeurs et ainsi accompagner vers une dynamique constructive, innovante et créative.


Si je vous ai suivi, votre proposition d’intervention en accompagnement des relations humaines permet de vivre un bien-être ensemble par :
  • Assumer les conflits qui sont inhérents à l’existence
  • Accompagner les conflits pour ne pas arriver au stade de crise
  • Assumer le conflit entre [ Contraintes / Libre vouloir ]
  • Savoir se situer entre [ Servitude-Pâtir / Créer-Agir ]
  • Ne plus mélanger et utiliser [ Contrôler / Évaluer ]
  • Travailler l’investissement d’un tiers-régulateur symbolique
et tout cela, en animant des sessions de dialogue, d’échange, de communication et non de négociation qui mettent en jeux les conflits inhérents à l’existence dans une perspective dialectique vers une interprétation qui réorganise les potentialités d’action. N’est-ce pas présumer que l’accompagnement des ressources humaines est la solution à tous les maux de nos organisations ?

  • C’est bien cela. Construire un bien-être ensemble” est un pari, celui d’assumer ce qui nous construits et nous conditionne sous formes des contradictions et conflits. C’est une mise en travail dialectique et responsable de ce qui m’agit. Et non celui de rechercher hors de nous-même une quête d’un meilleurs, un idéal inaccessible, un modèle parfait du “Mieux-être” promis par des experts, prophètes ou "marchands de bonheur" du développement personnel aux visages multiformes qui utilisent cette angoisse fondatrice d'un Nirvana perdu.

  • C’est regarder sa face, plonger au plus profond de soi pour comprendre sa structure. C’est construire le sens de ce qui fait valeur, par l’évaluation. Cela ne peut se faire seul. Son propre contrôle est interdépendant des autres et des tiers-régulateurs investis. Cela s’élabore grâce à une relation communicante qui autorise et construit la symbolisation indispensable au “bien-être ensemble”.

  • Animer des groupes de parole, dialoguer, échanger sont les vecteurs d’une maturation. Quand l’éclairage bouge, notre vision du monde change. C’est vivre l’alternance entre le pôle des besoins de légitimité-conformité à l’Autre (Mêmeté) et au pôle du désir de responsabilité-singularité de soi-même (Ipséité).

  • Le va-et-vient où il faut se repérer, le conflit potentiel qui peut devenir une crise. Savoir se situer entre, c’est savoir évaluer d’où nous parlons. L’accompagnateur est un spécialiste de cette évaluation situationnelle en acte performative qui met en jeu les conflits et tensions résultantes pour cheminer vers un “bien-être ensemble” afin de rendre habitable notre tragédie, celle d’être conscient d’exister et celle de notre finitude.


À Lauris, le 31 janvier 2014 par Fabrice Prevost
Tél. 06 72 71 77 58

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